Restauration kintsugi à la laque urushi et à l'or • Devis sous 5 jours ouvrés • Formation de 5 jours

Journal d'atelier · Étude de cas

Le tokkuri reconstruit

9 octobre 2026 · 4 min de lecture

Vous rassemblez les morceaux d'une pièce cassée, et l'un d'eux manque. Il a roulé sous un meuble, il est parti avec la poussière, ou il s'est réduit en miettes. Recoller ce qui reste ne fermera pas le trou. C'est souvent à ce moment que l'on renonce.

Ce tokkuri, une bouteille japonaise pour servir le saké, est arrivé à l'atelier dans cette situation. Il est en grès. Il s'était brisé en plusieurs fragments, et une partie importante manquait.

Tokkuri en grès posé sur l'établi, le bord du col ouvert par une large entaille ; quelques éclats sont restés sur le bois, devant la bouteille.

Ce que j'ai trouvé sur l'établi

La bouteille tenait debout ; sur le bois, quelques éclats, trop petits pour fermer le manque. Recoller ne suffisait pas : il fallait refaire la matière absente, puis la relier aux cassures.

Les étapes

Tout se fait à l'urushi, la laque naturelle tirée de la sève de l'arbre à laque. Je n'emploie ni résine synthétique ni époxy, y compris pour la partie reconstruite.

1. Nettoyer et assembler. Je nettoie chaque fragment, puis je les remets en place au mugi-urushi, une colle faite de laque, de farine de blé et d'eau.

2. Reconstruire. Pour le volume perdu, j'utilise le kokuso-urushi : de la laque mêlée à de la poudre de bois, une pâte qui se modèle. Un petit éclat se comble au sabi-urushi, une pâte de laque et de poudre minérale fine ; un manque de cette taille demande le kokuso. Je procède par moulage et par sculpture, en montant la pâte couche après couche. Le but : que la partie neuve rejoigne le grès par sa courbe, son poids et son grain. La forme juste n'est pas venue du premier coup ; il m'a fallu plusieurs essais.

Le col vu d'en haut : la partie manquante remontée à la laque, encore grise et rugueuse, avant les couches de finition.

3. Laisser durcir. Chaque couche passe plusieurs jours au muro, une armoire fermée où l'air reste humide. La laque ne sèche pas comme une peinture : elle durcit en absorbant l'humidité. Trop sec, elle ne prend pas ; trop humide, elle coule. Tant qu'une couche n'a pas durci, je ne pose pas la suivante.

4. Laquer et poncer. Sur la reconstruction et sur les lignes viennent plusieurs couches de laque, chacune poncée avant la suivante.

Le col couvert de laque noire brillante sur la partie refaite, pendant les couches poncées une à une.

5. Poser l'or, puis polir. La poudre d'or pur se pose en plusieurs passages. Elle couvre toutes les lignes de cassure et la totalité de la partie refaite. Rien n'est caché : l'or désigne à la fois ce qui s'est cassé et tout ce que j'ai ajouté. Un polissage termine le travail.

Le tokkuri tenu dans la main : l'or vient d'être posé sur la partie refaite du col et sur les lignes de cassure.

Quatre mois

La restauration a duré quatre mois. Ce délai tient surtout aux temps de durcissement, et aux essais de forme. Une reconstruction l'allonge, parce que chaque épaisseur de la partie neuve doit durcir avant que je puisse monter la suivante.

Le tokkuri restauré, le bord du col entièrement doré, les coulures de son émail visibles sur la panse ; quelques fleurs séchées dans le col.

La pièce aujourd'hui

Le tokkuri a retrouvé sa silhouette. Il est accompagné de sa boîte d'origine en paulownia, une tomobako, signée par le potier qui l'a façonné. Cette signature renseigne sur la bouteille ; la restauration, elle, est mon travail.

Le tokkuri restauré posé sur sa boîte en paulownia, le couvercle calligraphié appuyé devant.
ObjetTokkuri, bouteille à saké
OrigineJapon
MatièresGrès ; laque urushi ; or pur
InterventionAssemblage des fragments, reconstruction de la partie manquante, or sur toutes les lignes et sur la partie refaite
Durée4 mois
Avec la pièceSa boîte tomobako d'origine, en paulownia, signée
Prix590 €, assurance du transport comprise. Pièce unique, disponible au 9 octobre 2026.

Les questions que l'on me pose

La partie refaite, est-ce de la céramique ?

Non. C'est de la laque, montée puis durcie couche par couche, et recouverte d'or. Elle ne se fait pas passer pour l'original : on voit exactement où elle commence.

Combien de temps pour une reconstruction ?

Plus qu'un simple recollage, puisque chaque couche de la partie neuve impose son passage au muro. Pour ce tokkuri : quatre mois. Pour votre pièce, le délai figure dans le devis.

Peut-on se servir d'une pièce ainsi restaurée ?

Une fois la laque entièrement polymérisée, elle devient inerte. Pour l'entretien : un rinçage à l'eau tiède, puis un linge doux que l'on tamponne sans frotter. Ni lave-vaisselle, ni éponge abrasive, ni détergent agressif. Rangez-la au sec, loin du soleil direct et des écarts brusques de température.

Qu'est-ce que je ne fais pas ?

Je ne rends pas la matière d'origine : la partie neuve est en laque, pas en grès, et elle reste visible. Je ne raccourcis pas les temps de muro. Et une céramique ancienne restaurée reste une céramique ancienne : elle craint les chocs.

Votre pièce a perdu un morceau ?

Gardez tous les fragments, même les plus petits, et ne recollez rien. Envoyez-moi trois à cinq photos : la pièce entière, la cassure de près, les fragments posés à côté. Je vous réponds par un devis écrit sous 5 jours ouvrés.

Julien Salut — Atelier Mikazukidō